Biagio Cavanna : le mystérieux sorcier masseur aveugle aux soins légendaires de Fausto Coppi

mai 21, 2026

Biagio Cavanna, colosse piémontais devenu sorcier masseur après avoir perdu la vue, incarne l’un des destins les plus singuliers de l’histoire du cyclisme. Entre lunettes noires, canne blanche et réputation de devin des muscles, cet homme aveugle façonne dans l’ombre la carrière du plus grand champion italien, Fausto Coppi. Vrai ou faux ? Cette information est bien vraie ! Dans une Italie d’après-guerre marquée par la faim, la reconstruction et l’obsession de la performance, Cavanna invente à sa manière un nouveau langage du corps, mélange de massage thérapeutique, d’entraînement acharné et de psychologie de terrain.

Pour faire simple, l’histoire de Cavanna ne se réduit pas à celle d’un soigneur fidèle. Il s’agit de la rencontre entre un enfant de la rude terre piémontaise et un jeune commis-charcutier « mince comme un roseau » qui deviendra le Campionissimo. Le problème ? La plupart des récits ne voient en Cavanna qu’un personnage folklorique, un « rebouteux d’un autre âge ». Pourtant, ses méthodes de récupération sportive, son obsession de l’hygiène de vie et sa capacité à « voir » avec ses mains annoncent des pratiques que l’on retrouve aujourd’hui dans les staffs high-tech des équipes WorldTour. Concrètement, ce mentor aux soins légendaires offre un angle inattendu pour comprendre l’évolution du sport de haut niveau, de Novi Ligure jusqu’aux plateaux de performance modernes.

  • Biagio Cavanna, né en 1893 à Novi Ligure, passe de boxeur à cycliste, puis à masseur et mentor après être devenu aveugle.
  • Il découvre et façonne la carrière de Fausto Coppi, double vainqueur du Tour de France et quintuple lauréat du Giro.
  • Ses méthodes mêlent massage thérapeutique, régimes stricts, entraînements sur-mesure et travail mental.
  • Sa légende de sorcier masseur vient de sa capacité à « lire » la forme d’un coureur par le toucher et l’écoute.
  • Son approche artisanale de la récupération sportive et de la préparation physique préfigure les pratiques contemporaines.
  • Le duo Cavanna–Coppi illustre les avancées passionnantes de la culture cycliste italienne du XXe siècle.

Biagio Cavanna, le sorcier masseur de Novi Ligure : naissance d’une légende italienne du cyclisme

Qui est vraiment Biagio Cavanna, cet homme aux mille surnoms, tour à tour guide, mentor, « magicien des muscles » et confident ? N’est-ce pas surprenant qu’un simple soigneur soit encore cité en 2026 lorsqu’on évoque le panthéon du cyclisme ? Il s’agit de Giuseppe Cavanna, né le 3 juillet 1893 à Novi Ligure, qui deviendra Biagio, figure mythique de cette petite ville du Piémont. Dans les années 1930-1950, alors que l’Italie découvre la radio, le néoréalisme au cinéma et les foules massées sur les routes du Giro, Cavanna se forge une aura qui dépasse largement son rôle officiel.

D’abord boxeur, puis coureur à vélo, il connaît de l’intérieur la dureté des sports d’endurance. Sur le ring, on le décrit comme un combattant rusé, peu enclin à encaisser les coups de front, préférant la feinte à l’affrontement direct. Ce trait revient plus tard dans son travail de préparateur : pour lui, un coureur malin économise ses forces, gère sa souffrance et ne se bat jamais à contre-temps. Cette philosophie vient de sa propre expérience, bien avant qu’il n’endosse le costume de sorcier masseur.

Le tournant se produit lors des Six Jours de Dortmund en 1936, une grande épreuve de piste. Là, il ressent les premiers signes de la cécité qui finira par le frapper totalement. Beaucoup auraient quitté le milieu. Lui choisit l’inverse. Devenu aveugle, il se consacre entièrement au vélo, ouvre une école de cyclisme près de Novi Ligure, à Pozzolo Formigaro, et se forge une réputation d’homme capable de « fabriquer » des champions. Vrai ou faux ? Les coureurs de la région affirment qu’il détecte le potentiel d’un jeune rien qu’en posant ses mains sur sa nuque et son dos.

Dans cette Italie d’avant-guerre, le personnage fascine. Avec ses lunettes noires et sa canne blanche, Cavanna traverse les hôtels et les couloirs du Giro comme un acteur sorti d’un film de De Sica ou Rossellini. Des bras massifs, les manches souvent retroussées, il ressemble plus à un docker qu’à un soigneur. Les journalistes le décrivent comme un héros néoréaliste, un homme du peuple plongé dans le monde des champions. Cette image nourrit sa réputation de légende italienne et ancre le mythe du « sorcier de Novi » dans l’imaginaire collectif.

Le problème ? Pendant longtemps, on réduit son rôle à quelques anecdotes pittoresques : une phrase inspirée avant une course, un massage prolongé dans une chambre d’hôtel, une prédiction lancée au détour d’un couloir. Or, derrière la mise en scène, se cache un travail méthodique. Cavanna observe les coureurs, écoute leurs respirations, mesure leur fatigue par le pouls. Il parle peu, mais quand il tranche sur la forme d’un athlète, personne n’ose le contredire. « Mes mains voient mieux que n’importe quel œil humain », répète-t-il. Cette conviction façonne tout son rapport au corps.

Voici une explication de ce qui fait l’originalité de Cavanna : il ne sépare jamais le physique du mental. Selon lui, les muscles racontent une histoire, mais la voix du coureur aussi. La manière de répondre à une question, un silence, une hésitation lui révèlent les forces et les failles d’un tempérament. Pour lui, un champion doit accepter la faim, la soif, la douleur, mais aussi la solitude et la peur de perdre. Son discours est brutal, presque militaire, et pourtant beaucoup de jeunes cyclistes se sentent rassurés par cette clarté.

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Concrètement, Biagio Cavanna devient « l’archétype de ces soigneurs-conseillers d’un autre temps », mais avec « quelque chose en plus », comme le résume plus tard Faustino Coppi, le fils de Fausto. Ce « plus » est double : une vision stratégique de la course, assimilée à un art de la guerre, et une sensibilité quasi artistique pour la beauté du geste sportif. Pour lui, le cyclisme n’est pas seulement une addition de watts et de kilomètres, il est aussi un spectacle, une fresque qui exige une préparation minutieuse.

Ce qu’il faut retenir : la légende de Cavanna ne naît pas seulement de ses succès avec Coppi, mais d’une personnalité hors norme, capable de transformer un simple massage en rituel quasi sacré, et un conseil murmuré en véritable tactique de bataille.

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La rencontre Biagio Cavanna – Fausto Coppi : quand un sorcier aveugle révèle un campionissimo

Comment un commis-charcutier de Novi Ligure devient-il le plus grand champion du milieu du XXe siècle ? La réponse passe inévitablement par Biagio Cavanna. À 14 ans, Fausto Coppi travaille dans une boucherie locale, livrant des quartiers de viande à vélo. Ce jeune garçon, très mince, timide, se fait remarquer par sa dégaine allongée et sa fluidité sur deux roues. Cavanna, habitué à observer la démarche et les épaules des hommes, le voit régulièrement passer devant la charcuterie de Domenico Merlani. Il le surnommerait en privé « le roseau », ce garçon au corps léger capable de porter des charges lourdes sans paraître affecté.

Vrai ou faux ? C’est bien dans ce décor banal que se prépare l’un des duos les plus marquants de la légende italienne du vélo. La première tentative de rencontre formelle a pourtant des allures de gag. En 1938, un coureur local, Domenico Semenza, organise un rendez-vous entre les deux hommes. Mais le « sorcier » est malade, cloué au lit. Le jeune Coppi repart bredouille, encore inconnu. La vraie rencontre a lieu peu après, lors d’un entraînement sur les routes piémontaises, grâce à un autre coureur de la région, Isidoro Bergoglio. Celui-ci glisse à Coppi que le grand Cavanna veut enfin le voir.

Le futur champion, alors âgé de 19 ans, arrive nerveux. Le décor est simple : un local à Novi Ligure, des tables de massage, l’odeur d’onguent et de camphre. Cavanna, déjà totalement aveugle, demande au jeune homme de se déshabiller jusqu’à la taille. Il pose ses mains sur sa nuque, ses reins, ses muscles lombaires. Silence. Puis une phrase tombe, presque irréelle pour un inconnu : « Ce garçon fera parler de lui. » La scène ressemble à une ordination sportive. Pour Coppi, c’est un basculement intime, presque mystique.

Voici les résultats : en quelques mois, les effets de cette rencontre se mesurent par des victoires concrètes. Le 7 mai 1939, Coppi remporte le championnat d’Italie des indépendants sur le circuit de Varzi. Trois semaines plus tard, il gagne la Coupe de la ville à Pavie. Cavanna avait écrit à l’organisateur, Giovanni Rossignoli, pour lui présenter « deux poulains », précisant que « l’un s’appelle Coppi et gagnera, l’autre fera ce qu’il pourra ». N’est-ce pas surprenant de voir un pronostic si tranché se réaliser presque à la lettre ?

Ce lien inédit fait jaser dans le peloton. Gino Bartali, grande star déjà installée, observe ce duo avec une admiration méfiante. Il ira jusqu’à parler d’un « pacte mystérieux avec l’au-delà » pour décrire la relation entre le sorcier masseur et son protégé. Derrière cette formule, il y a la sensation très concrète que Coppi roule différemment depuis qu’il suit les « tabelle » de Cavanna, ces plans d’entraînement écrits semaine après semaine, presque comme des partitions musicales.

Le rôle de Cavanna ne s’arrête pas au massage ou à la simple préparation physique. Il devient rapidement stratège. Avant le Giro 1940, il impose à Coppi un régime alimentaire précis, basé sur des hors-d’œuvre de poisson ou jambon cru, un potage de viande le midi, puis le soir un bouillon riche en verdure, demi-poulet, légumes, fruits cuits. L’idée est simple : alléger l’estomac, renforcer la puissance musculaire, éviter les lourdeurs pendant les étapes de montagne. Il lui impose aussi un couvre-feu : à 22 heures, extinction des lumières. Et détail inattendu, il lui demande de dormir « comme sur le vélo », sur le côté droit avec le genou remonté, pour que le corps intègre une posture favorable à l’effort.

Ce duo ne repose pas seulement sur la performance. Il y a une dimension quasi paternelle. Orphelin d’un encadrement moderne, Coppi trouve en Cavanna un repère, une voix autoritaire mais rassurante. Le mentor n’hésite pas à renvoyer chez lui un coureur qui ne montre pas « l’esprit de sacrifice » nécessaire. Pour lui, le sport n’est pas un jeu, mais une vocation. « Celui qui refuse la souffrance n’a pas sa place ici », répète-t-il. Ce discours radical forge un noyau dur de disciples, prêts à le suivre dans des programmes d’entraînement que beaucoup jugeraient déraisonnables aujourd’hui.

Ce qu’il faut retenir : sans la rencontre entre le sorcier masseur et le jeune commis-charcutier, l’histoire du cyclisme européen serait différente. La naissance du Campionissimo est aussi l’œuvre d’un homme aveugle, convaincu que ses mains « voient » mieux que les yeux des autres.

Pour comprendre jusqu’où pouvait aller cette influence, il faut maintenant explorer en détail les méthodes de massage thérapeutique et d’entraînement qu’il imposait à ses coureurs.

Les soins légendaires de Biagio Cavanna : quand le massage thérapeutique devient science occulte

Vrai ou faux ? Un simple massage peut changer la destinée d’un coureur. Avec Biagio Cavanna, cette affirmation semble presque banale. Ses soins légendaires ne se limitent pas à détendre des jambes fatiguées après une étape. Il s’agit d’un véritable diagnostic, réalisé à partir du toucher. « C’est aux muscles du cou et des reins que j’apprécie la force d’un coureur », explique-t-il. Pour lui, une nuque trop fine signifie manque de résistance, un bas du dos peu développé annonce des difficultés à changer de rythme.

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Concrètement, sa méthode de massage thérapeutique repose sur trois piliers : l’observation tactile, l’écoute du corps et un usage très ciblé des mains. Il masse lentement, refuse les gestes brusques. Parfois, il reste plusieurs minutes sur une zone précise, sans parler, comme s’il « lisait » un texte invisible. Ses coureurs racontent qu’il repérait une fatigue profonde ou un début de blessure avant même qu’ils ne se plaignent. Dans un peloton où les outils de mesure modernes n’existent pas encore, cette capacité fait figure de technologie humaine avancée.

Voici une explication de son approche globale de la récupération sportive :

Élément de la méthode Cavanna Objectif principal Équivalent moderne
Massage profond de la nuque et des reins Évaluer la force et la résistance générale Tests de force isométrique, capteurs de puissance
Palpation du bas du dos et des fessiers Mesurer la capacité de changement de rythme Analyses de variabilité de puissance, sprints contrôlés
Prise de pouls systématique Estimer la récupération cardiaque Cardiofréquencemètre, suivi HRV
Écoute de la voix du coureur Détecter la fatigue mentale et le stress Entretiens psychologiques, questionnaires de bien-être
Rituels de sommeil et de posture Optimiser la qualité de la récupération nocturne Programmes de sleep-coaching, capteurs de sommeil

N’est-ce pas surprenant de voir combien cette tradition artisanale anticipe les outils les plus récents de la performance ? Cette information est bien vraie : bien avant les laboratoires, Cavanna applique une forme d’« innovation intuitive » basée sur le ressenti corporel. Il ne parle pas de biomécanique ou de physiologie, mais ses gestes traduisent une compréhension fine du fonctionnement du corps sous contrainte.

Le problème, à l’époque, c’est que beaucoup assimilent ce savoir-faire à une sorte de sorcellerie. On le surnomme « le faiseur de miracles », « le mage détenant des secrets quasi extraterrestres ». Cela tient aussi au décor : les séances se déroulent souvent dans des chambres d’hôtel sombres, après de longues étapes, avec des bouteilles d’huile, des bassines d’eau tiède, des serviettes épaisses. Dans le silence, seul le bruit des mains sur la peau se fait entendre. Pour les jeunes coureurs, le moment est presque initiatique.

Pour faire simple, Cavanna transforme le massage thérapeutique en acte central de la préparation. Il ne le voit pas comme une simple détente, mais comme un outil de calibration de l’entraînement à venir. Le lendemain, le contenu de la sortie, la durée, l’intensité dépendent de ce qu’il a « lu » dans les tissus musculaires. Si la cuisse est trop dure, il allège la charge. Si la nuque est « solide », il autorise des efforts violents. Sa réputation de « sorcier masseur » vient de cette capacité à ajuster finement sans aucune machine.

Dans cette optique, sa manière de travailler illustre les avancées passionnantes de la culture cycliste artisanale. Il s’inscrit dans une longue lignée de soigneurs italiens, mais se distingue par son obsession du détail. Il conseille aussi des bains d’eau tiède mélangée à du vinaigre avant les grands tours, persuadé que cela « réveille » les jambes et purifie la peau. Vrai ou faux ? Difficile à prouver scientifiquement, mais ses coureurs jurent qu’ils se sentent plus légers au départ.

Ce qu’il faut retenir : chez Cavanna, la récupération sportive n’est pas une pause entre deux souffrances, c’est une phase active, pensée, construite, où le corps parle et où le soigneur aveugle devient son interprète. Cette vision préfigure l’importance accordée aujourd’hui aux temps de repos dans le cyclisme de très haut niveau.

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Les tabelle de Cavanna : un art de la guerre appliqué à l’entraînement cycliste

Comment préparer un coureur à dominer des courses de trois semaines dans un monde sans capteurs de puissance ni logiciels d’analyse ? Biagio Cavanna répond par ses fameuses « tabelle », ces tableaux d’entraînement méticuleusement planifiés. Pour lui, la saison d’un coureur est une campagne militaire. Chaque jour doit préparer le suivant, chaque semaine construire un état de forme précis. Vrai ou faux ? Il note vraiment, à la main, les kilomètres, les intensités, les exercices spéciaux, comme un capitaine de navire consignant son journal de bord.

Voici une explication de ce système : après la Seconde Guerre mondiale, Coppi revient d’Afrique physiquement abîmé. Beaucoup le croient fini. Cavanna, lui, y voit un défi. Pendant l’hiver 1945-1946, il impose à son champion plus de 5 000 kilomètres sur pignon fixe, sur route et sur piste, pour reconstruire la base. À cela s’ajoutent d’autres milliers de kilomètres derrière moto, par tous les temps. Il conclut ces cycles par des séances en côtes sèches, courtes, répétées, destinées à muscler le dos et la capacité d’accélération.

Le problème ? À cette époque, l’idée même de quantifier autant le travail choque. Beaucoup de coureurs roulent encore « au feeling », alternant longues sorties et courses locales sans logique structurée. Cavanna, lui, refuse le hasard. Ses tabelle ont un objectif très clair : réduire au maximum les aléas, faire en sorte qu’au départ d’une grande course, Coppi sache exactement dans quel état de forme il se trouve. N’est-ce pas ce qui se fait aujourd’hui avec les plans d’entraînement digitalisés ?

Ce qu’il impose à Coppi, il l’applique aussi à d’autres champions. Pour renforcer le dos de Costante Girardengo, star des années 1920, il imagine par exemple un travail hors du commun : transporter des paniers de gravier dans une rivière tout un hiver. Exercice rude, mais terriblement spécifique : stabiliser la colonne, renforcer les lombaires, travailler l’équilibre. Là encore, il anticipe, à sa manière rustique, ce que l’on appelle aujourd’hui « renforcement fonctionnel ».

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Pour faire simple, les tabelle de Cavanna organisent :

  • la charge hebdomadaire de travail (kilométrage, intensité, dénivelé) ;
  • les séances de récupération sportive (repos complet, sortie très courte, massages prolongés) ;
  • les blocs spécifiques avant les grands objectifs (montagne, contre-la-montre, classiques) ;
  • l’ajustement du régime alimentaire selon les périodes de la saison.

Cette structuration offre un espoir nouveau aux coureurs : celui de ne plus subir le calendrier, mais de le dominer. Dans les années qui suivent l’instauration de ces plans, les résultats parlent d’eux-mêmes. Entre 1946 et 1949, Fausto Coppi accumule les victoires : Milan–San Remo, Tour de Lombardie, championnat du monde de poursuite, titres nationaux, Giro. Voici les résultats : la méthode Cavanna semble transformer en or tout ce qu’elle touche.

Pourtant, la dureté de ce système ne doit pas être sous-estimée. Les coureurs ne sont pas des machines, et certains peinent à soutenir ce régime. Cavanna accepte la critique, mais reste inflexible sur un point : celui qui ne supporte pas l’effort sur la durée ne peut viser le sommet. Il préfère travailler avec un noyau restreint de coureurs totalement engagés plutôt que de diluer ses principes. Cette radicalité participe à sa réputation de personnage mystérieux, à la fois respecté et craint.

Ce qu’il faut retenir : avec ses tabelle, le sorcier masseur transforme la préparation cycliste en véritable stratégie militaire. Son héritage se retrouve aujourd’hui dans la manière dont les équipes planifient la saison de leurs leaders, de la première course de février jusqu’aux grands tours estivaux.

Au-delà des chiffres et des kilomètres, il reste à comprendre ce qui, dans la relation humaine entre le soigneur aveugle et le champion, rend cette histoire si singulière.

Un lien mystérieux entre un masseur aveugle et son champion : psychologie, confiance et mythe

Comment expliquer que Fausto Coppi écoute Biagio Cavanna « comme on écoute un prophète », selon les mots de son fils Faustino ? Vrai ou faux ? La réponse se trouve autant dans la psychologie que dans la préparation physique. Le sorcier masseur n’est pas seulement celui qui manipule les muscles, il est aussi l’homme à qui le champion confie ses doutes, ses peurs, ses colères.

Dans les chambres d’hôtel, après les étapes du Giro ou du Tour, la scène se répète. Coppi s’allonge sur la table, Cavanna commence son massage thérapeutique. Les mains travaillent en silence, puis la discussion démarre. « Comment tu te sens ? Où as-tu eu peur aujourd’hui ? » Les questions sont simples, mais ciblées. Le soigneur sait que les jambes ne suffisent pas à gagner une course. Il faut aussi dompter le trac, accepter l’idée d’attaquer seul, parfois à plus de 100 kilomètres de l’arrivée, comme Coppi le fera sur le Tour de France 1952.

Le problème ? Dans une société encore très marquée par l’image du champion viril, ces échanges restent invisibles pour le public. On montre les trophées, les échappées héroïques, mais rarement ces moments vulnérables. Or, ils sont au cœur de l’efficacité de Cavanna. Il ne parle pas de « coaching mental », mais il exerce exactement cela. Il renforce la confiance du coureur, lui rappelle les séances d’entraînement réussies, les montées avalées en plein hiver, les sacrifices consentis. Il transforme chaque souvenir de souffrance en preuve de force.

Ce lien est d’autant plus fort que Cavanna lui-même vit un drame silencieux : sa cécité. Devenir aveugle à l’âge adulte, après avoir été athlète, est une épreuve extrême. Pourtant, il refuse d’en faire un handicap. « Mes mains voient mieux que vos yeux », répète-t-il. Cette phrase, loin d’être une pirouette, montre à ses coureurs que l’on peut transformer une limite en ressource. Pour Coppi, grand timide, souvent mal à l’aise en société, ce modèle est précieux. Il voit en son mentor la preuve vivante qu’on peut surmonter l’adversité.

N’est-ce pas surprenant de constater combien cette relation préfigure ce que nous appelons aujourd’hui le « staff de confiance » des grands leaders ? Dans les équipes contemporaines, le capitaine s’entoure d’entraîneurs, de psychologues, de kinés, de nutritionnistes. À l’époque, Coppi concentre tout cela, ou presque, en une seule personne : Biagio Cavanna. Il s’agit d’une relation quasi fusionnelle, au point que la mort de Coppi en 1960, des suites d’une malaria contractée en Haute-Volta, brise littéralement le soigneur, qui abandonne ses activités et meurt lui-même moins d’un an plus tard.

Cette fin tragique renforce évidemment la dimension mythique du duo. La presse italienne de l’époque parle de « trait d’union vers l’au-delà », reprenant même les mots de Bartali sur ce « pacte mystérieux ». On y voit la preuve que certains liens humains dépassent le simple cadre sportif. Pourtant, derrière le romantisme, il y a une réalité très concrète : sans confiance absolue entre soigneur et coureur, le système Cavanna ne peut pas fonctionner. Qui accepterait autrement de modifier son sommeil, de suivre un régime strict, de réaliser des entraînements extrêmes au cœur de l’hiver ?

Ce qu’il faut retenir : l’efficacité des soins légendaires de Cavanna tient autant à la force de ses mains qu’à la solidité du lien tissé avec son champion. Ce duo illustre les avancées passionnantes de la psychologie sportive, bien avant l’heure, et rappelle que le vélo reste une histoire profondément humaine.

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Biagio Cavanna était-il vraiment aveugle lorsqu il s occupait de Fausto Coppi ?

Oui. Biagio Cavanna commence à perdre la vue en 1936, lors des Six Jours de Dortmund, et devient totalement aveugle par la suite. Cela ne l empêche pas de poursuivre son activité de soigneur et d entraîneur. Au contraire, il affirme que ses mains et ses oreilles compensent ses yeux et lui permettent de lire l état de forme des coureurs avec une précision étonnante.

En quoi les soins légendaires de Cavanna se distinguent-ils des massages classiques ?

Les massages de Cavanna vont bien au-delà de la simple détente musculaire. Ils servent de diagnostic complet : il évalue la force dans la nuque et les reins, la capacité de changement de rythme dans le bas du dos, et adapte ensuite l entraînement et la récupération sportive. Ses séances sont aussi des moments de dialogue, où il travaille la confiance et la motivation du coureur.

Les méthodes de Biagio Cavanna sont-elles encore utiles dans le cyclisme moderne ?

Les outils ont changé, mais plusieurs principes restent actuels : importance de la récupération, planification précise de la charge d entraînement, écoute fine des sensations, lien de confiance entre athlète et soigneur. Si les capteurs et logiciels ont remplacé les tabelle manuscrites, l esprit de l approche Cavanna inspire encore certains entraîneurs attentifs au ressenti humain.

Biagio Cavanna s occupait-il uniquement de Fausto Coppi ?

Non. Même si la légende le lie surtout à Fausto Coppi, Cavanna a encadré ou conseillé d autres grands coureurs italiens, comme Costante Girardengo. Il dirige aussi une école de cyclisme près de Novi Ligure, où il forme de nombreux athlètes, professionnels ou amateurs, en mêlant entraînement exigeant et massages thérapeutiques.

Pourquoi parle-t-on de sorcier masseur à propos de Cavanna ?

Ce surnom vient de son style unique : masseur aveugle, lunettes noires et canne blanche, capable de prédire la carrière d un coureur en le touchant, il impose des méthodes d entraînement inédites pour l époque. Ses résultats avec Coppi, doublés de cette aura mystérieuse, lui valent d être considéré comme un sorcier des muscles, figure emblématique de la légende italienne du cyclisme.

About the author
Alex de Vélo Citron
Passionné de cyclisme depuis plus de 15 ans, du gravel aux courses sur route. Ancien compétiteur en cyclosportive, Alex couvre l'actualité du vélo avec un œil technique et un goût prononcé pour les classiques pavées. Sur Vélo Citron, il teste, analyse et décrypte tout ce qui roule sur deux roues.

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